Numérique et expertise comptable : enjeux et perspectives

Présidente du Comité transition numérique au sein du
Conseil supérieur, Sanaa Moussaid présente la vision
prospective du Conseil supérieur.
PE : En quoi l’économie se digitalise ?
Sanaa Moussaid : Si l’économie se digitalise,
c’est tout simplement parce que la société
s’est digitalisée. En quelques années, le web
puis les smartphones ont profondément
modifié les usages et donc les attentes.
La technologie, les réseaux ont élargi les
marchés mais ont parallèlement donné plus
de poids et de responsabilité aux acteurs.
PE : Quels sont les grands enjeux pour
les cabinets autour de la digitalisation
de l’économie ?
S.M : Réponse académique, en 4 lettres :
SWOT*. Face à l’évolution de son marché,
il faut s’adapter, vite, pour en saisir toutes
les opportunités.
Réponse non académique, en « mode agile » :
faire preuve d’ouverture pour comprendre
comment ces générations, qui ont grandi
ou sont nées avec le digital, changent
rapidement et définitivement les codes.
Bien sûr, nombre de nos clients demeurent
aujourd’hui sur des schémas d’économie
traditionnelle. Les résistants au changement
pourraient rapidement disparaître...
PE : Quel impact risque d’avoir la
digitalisation sur la chaîne de valeur
des cabinets ?
S.M : Le premier est naturellement bien
identifié avec l’automatisation des tâches à
faible valeur ajoutée. La diversification de
l’offre, l’élargissement de la concurrence,
l’arrivée de nouveaux entrants, y compris en
ligne, la tension sur les prix...Tout concourt
à recentrer nos missions sur l’expertise
et le conseil, ce n’est pas totalement par
hasard si nous en avons fait le thème de
notre prochain congrès.
PE : Faut-il être inquiet pour la profession ?
S.M : En 70 ans, elle en a vu d’autres ! Pardon
de le dire ainsi mais comment ne serionsnous
pas capables de nous appliquer à
nous-mêmes les bons conseils que nous
prodiguons à nos clients ? A demande
plus exigeante, offre plus pertinente ! Les
entreprises ont désormais accès à leurs
informations économiques en temps réel.
C’est sur leur analyse, sur l’amélioration
de la performance, la création de valeurs,
qu’elles nous attendent ! Et la technologie, à
commencer par le big data ou l’intelligence
artificielle, en sont les outils dont il nous faut
tirer parti dans cette démarche proactive.
PE : Comment les cabinets doivent-ils
se préparer ?
S.M : A mon sens, c’est notre business model
qu’il convient de revoir, pour repenser
l'organisation, ajuster les processus
de production, enrichir les systèmes
d’information, réinventer le mode de
management, piloter le marketing au
plus près des besoins du client...
Je crois aussi que nous devons nous
approprier une nouvelle culture. J’ai pu
le vérifier lors du récent salon Vivatech.
Derrière les paillettes, les réussites de la
French Tech - et il en faut bien sûr - il y a
souvent des entrepreneurs plein de bon sens.
La chaîne de valeur, c’est important mais
sans compréhension de l’environnement,
sans maîtrise de l’écosystème, sans stratégie
de conquête adaptée, rien n’est possible.
PE : Quelle action le Conseil supérieur
mène-t-il pour accompagner les
professionnels ?
S.M : L’affirmation des enjeux n’est pas
nouvelle. Je rappelle que nous avons fait
du numérique le thème de notre 70ième
congrès en 2015. D’autres professions
viennent d’en mesurer les impacts.
L’Ordre a adopté un plan d’action** pour
accompagner les confrères mais aussi
leurs clients. Je crois véritablement que
pour nos cabinets, il y a là une opportunité
formidable de se positionner au plus près
de l’attente des entreprises.
* SWOT : Opportunités / menaces / forces /
faiblesses
** Lire dans encadré
Dossier
INTERVIEW SANAA MOUSSAID
L'ORDRE

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